Les boxes pieds-poings à Rouen et en Haute-Normandie

Les boxes pieds-poings à Rouen et en Haute-Normandie

Muay-Thaï en Normandie : Flash Back années 80

 

Aujourd'hui en France , tout le monde sait plus ou moins ce qu'est le Muay-Thaï , mais au début des années 80, c'était une toute autre histoire !!!

 

Même dans le milieu des arts martiaux, et des sports de combat, peu de personne savait ce qu'était réellement le Muay-Thaï, et les quelques rares articles qui étaient consacrés à l'art martial thaïlandais racontaient souvent n'importe quoi, et pour cause , les journalistes des magazines d'arts martiaux de l'époque n'avaient jamais mis les pieds en Thaïlande, et n'avaient donc jamais assisté à un entraînement, ou à un vrai combat de Muay-Thaï !!!

 

Leurs sources d'information n'étaient souvent que de maigres articles glânés deci delà dans des magazines d'arts martiaux étrangers.

 

Alors imaginez : Qui pouvait bien connaître le Muay-Thaï en Normandie au début des années 80 ?

 

Et bien personne !!!

 

Comme toujours, certains en parlaient sans rien n'y connaître, et ne faisaient que colporter les rumeurs entendues de la bouche de leur prof de karaté ou de full-contact du style :

 

'' La boxe thaïlandaise c'est trop dangereux , tous les combat se finissent par un K.O'' ou encore '' En boxe thaïlandaise , les boxeurs finissent paralysés et en fauteuil roulant '' et aussi '' Tous les ans il y a des morts sur les rings de Thaïlande'' , et pour finir '' La boxe thaï ? ça ne marchera jamais en France , c'est trop brutal !'' *

 

(* petites phrases réellement entendus par l'auteur de cet article)

 

 

En 1973 , un jeune Normand de 13 ans découvre le Muay-Thaï en feuilletant par hasard dans une boutique d'arts martiaux d'Hannovre le livre d'Hardy Stockmann :

 

                    Muay-Thaï   Kick-Boxing

            The art of siamese un-armed combat

 

 

Venu pour acheter un nunchaku, ce jeune fan de Bruce Lee , repartit avec ce livre sur le Muay-Thaï.

En attendant de pouvoir pratiquer l'art martial thaïlandais , il se mit au karaté et au taekwon-do .

Ce n'est que 6 ans plus tard que l'opportunité s'offrit, lorsque le grand champion thaïlandais , Pud Pad Noï Voravudh, fut invité à Paris pour diriger un stage de Muay-Thaï d'une semaine .

 

 

Pud Pad Noï à l'entraînement au Voravudh Camp de BANGKOK (1980)

 

Ne pouvant participer au stage à cause des révisions du bac, le jeune Rouennais eut tout de même la possibilité de rencontrer Pud Pad Noï, et même de s'entraîner avec lui en tête à tête tout un dimanche .

Avant de repartir pour la Thaïlande, Pud pad Noï lui proposa de venir à Bangkok pour s'entraîner dans son camp d'entraînement : le Voravudh Camp.

 

C'est ainsi qu'au début du mois de septembre 1980, Robert RITE (18 ans) débarqua à Bangkok pour apprendre le Muay-Thaï auprès des boxeurs professionnels thaïlandais !!!

 

 

Le premier entraînement auquel Robert participa eut l'effet d'un électro-choc !!!

Le jeune Rouennais avait déjà eu l'occasion de participer à des stages dirigés par des champions de full-contact, ou de hauts gradés en karaté, mais jusqu'alors, il n'avait jamais vu de pratiquants d'arts martiaux, ou de sport de combat frapper avec autant de puissance et à un rythme aussi soutenu que ces jeunes boxeurs (moyenne d'âge : 19 ans).

 

 

 

De plus, tous les boxeurs présents à l'entraînement semblaient avoir la même dextérité , ce qui démontrait que le muay-thaï formait des combattants exceptionnels.

Il se demanda d'emblée, comment il était possible de résister à de tels coups en combat ???

 

Les premiers entraînements furent très pénibles physiquement à cause de la chaleur étouffante, mais aussi de l'intensité de l'entraînement .

Il lui fallait tout apprendre, voire réapprendre, car le Muay-Thaï est aux antipodes des autres styles de combat, et cet apprentissage technique passait par de nouvelles sollicitations musculaires qui engendraient de fortes courbatures.

 

 

 

Robert Rite à la leçon au paos avec Pud Pad Noï

 

Alors que les Thaïlandais bougeaient avec grâce, et fluidité, le jeune Français avait l'impression de se mouvoir comme un robot .

Peu habitué à se déplacer sur les pointes de pieds, il perdait l'équilibre, ses mollets lui faisaient mal, ses épaules étaient raides.

 

 

Physiquement c'était très dur, et mentalement encore plus, car il avait l'impression de ne rien savoir faire ...

Cette maladresse faisait sourire les boxeurs du camp, qui voyaient pour la première fois un ''falang'' (étranger) s'essayer à leur art, mais étant le protégé de Pud Pad Noï, le petit Normand était accepté dans le camp.

 

 

Petite lessive du matin ... Les conditions de vie dans un camp d'entraînement étaient plutôt spartiates à l'époque !!!

 

Les semaines passèrent, et malgré les 2 entraînements par jour, Robert se sentait bien loin de pouvoir espérer égaler un jour les boxeurs du camp, mais sa persévérence, et ses efforts à l'entraînement lui firent gagner peu à peu sinon le respect, au moins la sympathie des autres boxeurs.

 

Un soir après l'entraînement, Pud Pad Noï emmena son élève dans un lieu mythique : le Rajdamnern Stadium.

Boxer au Rajdamern Stadium ou au Lumpini Stadium est l'espoir de tous les jeunes Thaïlandais lorsqu'ils débutent la boxe.

Seuls les meilleurs boxeurs du pays s'affrontent dans ces deux stades, et Pud Pad Noï avait été plusieurs fois champion du Rajdamnern Stadium.

 

A quelques centaines de mètres du stade, le tuc-tuc (tricycle à moteur qui fait taxi) dut s'arrêter tellement la foule était dense. C'était un soir de grands combats, et tous les afficionados étaient là .

Les arbres de l'avenue cachaient en partie le stade mais on apercevait son dôme au-dessus des frondaisons.

Au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient du stade, un vrombissement de plus en plus fort s'échappait du dôme.

Robert eut l'impression qu'il s'approchait d'une ruche géante.

Les combats avaient déjà commencé, et c'était les clameurs de la foule qu'il entendait de dehors : Surréaliste !!!

 

 

L'apprenti boxeur savait que son entraîneur était un très grand champion qui s'était retiré des rings depuis peu, mais il n'avait encore aucune idée de la popularité dont jouissait Pud Pad Noï dans son pays .

Il en prit conscience aux abords du stade.

Pud Pad Noï ne pouvait faire un pas sans être salué, et bien entendu il fut reçu avec tous les honneurs dans ce temple du Muay-Thaï, où il avait livré plus de 200 combats et remporté plusieurs titres.

Le petit Normand avait conscience de vivre un moment privilégié, dont il se souviendrait toute sa vie.

 

Installé au bord du ring dans les rangs V.I.P , Robert prit la claque de sa vie .

Comment pouvait-on s'imaginer un tel niveau technique et des combats d'une telle intensité ?

Tous les boxeurs étaient excellents, d'une endurance extrême, et d'une très grande humilité.

Qu'il perde où gagne , un simple salut à l'adversaire, et à l'arbitre et le boxeur quitte aussitôt le ring.

On était bien loin de toutes les gesticulations euphoriques, et autres fanfaronnades que l'on pouvait voir sur les rings occidentaux !!!

 

Robert prit conscience ce soir là , que le combat au K.O sur un ring n'avait rien à voir avec toutes les choses qu'il avait pu lire dans les magazines d'arts martiaux en France .

Ce soir là, il avait vu 9 combats dont 2 pour une ceinture de champion, autrement dit, le top du top en Thaïlande.

Où étaient donc les terribles K.O annoncés dans les revues françaises ???

Tous les combats étaient allés au bout des 5 rounds !!!

 

Après les combats, Robert reconnu certains des combattants en train de casser la crôute dans les petits restos qui bordent le stade. Personne n'était reparti en chaise roulante, et les boxeurs rigolaient même entre eux !!!

 

Pud Pad Noï invita son élève dans un restaurant à une dizaine de mètres du stadium, dont la spécialité était le poulet rôti au miel : un délice !!!

Au moment de régler l'addition, le patron s'opposa à ce que Pud Pad Noï débourse un bath ! Nous étions ses invités !!!

Pud Pad Noï en Thaïlande c'était un peu comme Platini en France à la même époque.

 

Après 1 mois et demi d'entraînement, Robert revint à Rouen conscient de ce qu'il avait vécu, et du chemin qu'il lui restait à parcourir .

A l'époque en France , les clubs de Muay-Thaï dignes de ce nom se comptaient sur les doigts d'une main et bien entendu, il n'en existait aucun en Normandie !!!

Aussi, Robert fonda le premier club normand de Muay-Thaï : le Swaying Naja Camp.

Le camp fut créé à Déville-les-Rouen près de Rouen (76), derrière la mairie, dans un ancien atelier désaffecté, et transformé en salle de boxe .

Au début des années 80, la boxe pieds-poings commençait à faire parler d'elle en France, notamment grâce au full-contact qui démarrait très fort.

 

Difficile pour le jeune Rouennais lorsqu'on le questionnait sur son séjour en Thaïlande de raconter ce qu'il avait vu, et surtout, d'expliquer à quel point les combattants thaïlandais surpassaient les autres boxeurs de la planète sans passer pour un mythomane, ou sans risquer d'égratigner l'orgueil de certains pratiquants, ou profs persuadés de pratiquer ce qui se faisait de mieux sur un ring !!!

C'est bien connu, on est tous convaincu d'avoir raison !!!

 

Alors, dans son coin, sans faire de bruit, Robert commença à entraîner une douzaine d'élèves, et dirigea deux, trois stages techniques en Normandie à le demande de professeurs d'arts martiaux, ou de boxe pieds-poings, curieux, et ouverts aux autres disciplines .

 

Certains de ces profs ouvrir par la suite une section d'initiation au Muay-Thaï, et tout doucement le Muay-Thaï commença à s'implanter en Normandie.

 

Tous les soirs, du lundi au vendredi, Robert assurait un entraînement de 2 heures .

Le matin, ou l'après-midi, en fonction de son emploi du temps d'étudiant, il s'entraînait seul dans sa salle pendant 2 heures, et tous les week-end, il allait se perfectionner à Paris au club France Muay-ThaïPud Pad Noï installé depuis peu en France donnait à présent des cours.

 

L'objectif personnel de cette première année d'entraînement, était de se préparer correctement pour retourner en Thaïlande ,et disputer un combat .

En tant que jeune entraîneur, et boxeur , Robert ne concevait pas de donner des cours en Muay-Thaï sans avoir vécu l'expérience du combat au berceau même de cet art.

Conscient de son niveau, et qu'il n'était qu'un novice, Robert se rendit dans le sud de la Thaïlande sur le presqu'île de Phuket, et s'entraîna un mois dans un camp de province.

 

 

 

Un modeste terrain vague, une enceinte de tôles, et un unique sac accroché à un potence en bois, voilà où Robert RITE prépara son combat à Phuket (1981)...

 

 

Le manager du camp lui proposa de faire un combat face à un boxeur de niveau régional peu expérimenté, et confia à un boxeur de Bangkok de s'occuper de la préparation du jeune Français.

Pour Robert ce fut le baptême du feu et pour le manager un énorme coup de pub .

A l'époque , aucun falang n'avait encore boxé à Phuket !

 

Toute la semaine des voitures équipées d'haut-parleurs passèrent sur les plages pour annoncer le gala avec comme combats vedettes , 3 boxeurs venus de Bangkok défier les champions locaux, et un jeune étranger qui allait affronter un boxeur du coin.

 

 

Le Normand eut même l'honneur d'avoir son portrait sur les affiches du gala, et la visite des parieurs lors de ses derniers entraînements .

Le soir du combat , le Sapahin Stadium de Phuket Town était plein à craquer.

 

 

Sapahin Stadium de Phuket : R. Rite s'impose au 3ème round (1981)

 

Le jeune Normand remporta son combat au 3ème round par arrêt de l'arbitre, et le boxeur de Bangkok qui s'était occupé de lui , se débarrassa de son adversaire d'un magistral high-kick au premier round .

Les deux boxeurs allèrent célébrer leur victoire avec leurs potes dans un petit resto sous les cocotiers de la sublime baie de Patong Beach qui depuis a malheureusement perdu toute sa superbe sous le béton et les enseignes des bars à hotesses.

 

Robert venait de remporter son pari, et de se faire un ami : le boxeur Payat Ongpoo.

Deux années plus tard, Payat séjournera quelques semaines à Rouen, le temps de découvrir notre région, et ensuite d'imposer son nom sur les rings de France, et d'Europe en battant André Richard Nam, le Hollandais Teking, et l'Anglais Ronnie Green.

 

                                                                         Payat Angpoo

 

Dès son retour de Thaïlande, Robert reprit ses entraînements de plus belle.

Le bouche à oreille fit son effet, et pour sa deuxième saison , le Swaying Naja Camp passa de 12 adhérents à plus de 100 !!!

 

Robert créa alors le première ligue de Normandie de Muay-Thaï afin d'organiser le développement de ce sport dans la région avec les quelques clubs qui avaient créé une section de Muay-Thaï dont Vernon (Henri Sérahangué), Les Andelys (Richard Fruit) , Rouen (Regis Lesaint), Evreux (Stéphane Salün), et bien entendu le Swaying Naja Camp à Déville-les-Rouen.

 

Lors de cette seconde saison, Robert organisa 3 inter-clubs à huit-clos dans une ancienne salle de boxe sous le gymnase Guynemer de Déville-les-Rouen .

Les combats se déroulèrent comme en Thaïlande en 5 rounds de 3 mn avec coups de coude autorisés.

Et oui à l'époque les classes C , B ou A n'étaient pas encore instaurées, et il fallait être bien préparé pour boxer directement en 5 rounds... Autrement dit les compétiteurs ne se bousculaient pas au portillon !!!

Bien entendu les boxeurs portaient des coudières, mais il fallait vraiment en vouloir pour boxer ainsi dans le plus parfait anonymat.

Aucun public n'était autorisé hormis le staff des clubs participants, un médecin, et le personnel de la croix rouge .

 

Les premiers inter-clubs de Muay-Thaï se déroulèrent à huis clos sous le gymnase Guynemer à Déville-les-Rouen (1982).

 

L'objectif de ces rencontres par élimination était de sélectioner les combattants les plus techniques par catégorie de poids, afin d'organiser un vrai gala avec du public, et lancer le Muay-Thaï de façon officielle en Normandie.

 

Le 19 février 1983 , gymnase Guynemer à Déville-les-Rouen , Robert RITE présenta le premier gala et premier championnat officiels de Normandie de Muay-Thaï.

 

Ce fut un très grand succès tant au niveau du nombre de spectateurs (plus de 700) que de la qualité des combats et de l'organisation .

Cerise sur le gâteau , le Swaying Naja Camp remporta 5 titres de champion de Normandie sur les 6 mis en jeu .

A partir de ce soir là , le Muay-Thaï allait connaître un réel essor en Normandie, et les clubs se développer dans toute la région .

La Normandie allait rapidement devenir l'un des bastions du Muay-Thaï en France, et le Swaying Naja Camp compter de nombreux boxeurs de très bon niveau.

 

 



27/11/2013
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